Bainard Pierre

Hommage lu à l'église

Mesdames, messieurs, chers amis,

 

     Aujourd'hui, nous avons la triste occasion de nous rencontrer dans notre église de Vitry pour rendre un dernier hommage à notre ami Pierre Bainard qui nous a quittés il y a quelques jours.

     La section des anciens combattants, TOE, veuves et sympathisants de Vitry, Combreux, Seichebrières accompagnée de deux camarades anciens combattants faisant partie du bureau départemental porteurs de leur drapeau présentent à vous qui êtes la famille et proches ses sincères condoléances.

     Comme en témoigne l'emblème de notre patrie, ce drapeau tricolore posé sur ton cercueil atteste de ta qualité d'ancien combattant. Pierre, tu as donc répondu présent à l'appel de la France.

     Cet hommage, nous allons donc lui rendre en retraçant sa vie en captivité jusqu'à la date de sa libération, alors qu'il a toujours été persuadé que ces longues années lui ont coûtées dix ans de sa vie.

     En octobre 1936, il a 20 ans et part faire son service militaire au 131ème bataillon d'infanterie à Orléans durant deux ans. A peine libéré de ses obligations, il est rappelé en février 1939 pour former le 4ème bataillon afin de garder des réfugiés espagnols de la guerre civile.

     Libéré le 14 juillet 1939, il repart dès le mois d'août avec son régiment au 21ème bataillon d'instruction d'Ingré. Conscient des évènements, mais loin de s'imaginer ce qu'il allait vivre et l'annonce de la déclaration de guerre le 3 septembre 1939, il décide d'épouser Simone son amour de jeunesse. D'ailleurs Pierre se souvient très bien des propos de son père : "Et si tu ne revenais pas !"

     Pierre ne veut pas y penser et à l'occasion d'une permission, il se marie le 9 décembre 1939. Entre temps, il va partir avec son bataillon en renfort sur les bords du Rhin sur la ligne Maginot pour faire barrage aux Allemands installés sur la rive opposée. Il se rappelle que tous les matins à 6H00 précises une rafale était tirée de part et d'autre de la ligne pour se dire "Bonjour".

     Mais ce qu'il ne savait pas, c'est que les Allemands avaient fini par envahir la Belgique. Une fois alertés avec ses copains, ils ont été obligés de se retrancher dans les Vosges. Les Allemands commencent à les encercler. La communication est coupée et c'est la débandade.

     Pierre se retrouve 5 ans en captivité. Le 24 juin 1940, il est fait prisonnier et parqué avec beaucoup d'autres dans un champ. Ils y resteront plus d'une semaine, sans abri, avec comme seule nourriture des pissenlits et buvant de l'eau d'un petit ruisseau.

     Puis sur le chemin qui les conduit à pied à Strasbourg, là, Pierre va mesurer la cruauté et la barbarie des SS. Jusqu'alors, il n'en avait qu'entendu parler. C'était chose faite maintenant. Plusieurs de ses camarades, épuisés, seront tués sur le bord du chemin sans qu'il puisse leur venir en aide sous peine de subir le même sort. Difficile d'oublier ces atrocités. A leur arrivée, ils auront droit à du blé cuit et, à ce moment, Pierre se revoit mourant pour avoir repris un peu de soupe ainsi que l'image de ses camarades morts d'avoir trop mangé. Des faits incroyables mais véridiques.

     Après un mois de détention, tous seront acheminés en train, dans des wagons à bestiaux, jusqu'à Munich. Deux jours et une nuit à 40 soldats pour se rendre dans un village à 5 Km de la frontière Tchécoslovaque. Jusqu'à sa libération, il va travailler dans une ferme ou il sera bien traité.

     Enfin, le 20 mai 1945 il rentre à Vitry-aux-Loges avec le sentiment d'avoir eu, quand même, un peu de chance par rapport à ses camarades qui n'en sont pas revenus.

     Après sans doute une certaine réadaptation, Pierre décide de s'unir à la Fédération Nationale des Prisonniers de Guerre et ensuite rejoint une section d'anciens combattants comme la notre pour y faire valoir ses droits à réparation.

     Cependant, sa présence parmi nous était un exemple remarquable de par l'amitié, le dynamisme et l'ambiance qu'il créait autour de lui.

     Durant de longues années, il fut membre de notre bureau, porte drapeau de la section et ceci toujours avec autant de dévouement.

     Pierre durant toute ton appartenance à notre section dont nous aurons longtemps le souvenir pour tous les services rendus, les camarades se joignent à moi pour te remercier et t'adresser Pierre un dernier adieu !


Article paru dans La Nouvelle République du Centre

Souvenirs